Il y a quelques jours, Antoine Dupin et Carole Bietry Rodesch ont pris un peu de leur temps pour nous parler de leur expérience en conception-rédaction et partager quelques conseils sur la mise en valeur des compétences techno-créatives. Aujourd’hui, c’est Rodolphe Canale (Aka @sansonnet) qui se plie à l’exercice. Account Manager en agence, il a auparavant été concepteur-rédacteur… pour Skyrock. Profitons de sa prise de parole, c’est instructif. Note : il parle aussi de Twitter en fin d’interview ![]()
Si tu nous parlais un peu de ton métier ?
Rodolphe – Aujourd’hui je suis Account Manager dans une agence indépendante de communication digitale qui s’appelle Periscope Creations. C’est un titre commercial mais par rapport à mon travail quotidien j’effectue des tâches très transversales qui partent du conseil et la réponse à des appels d’offre au suivi opérationnel de projets pour le « compte » des clients. Je travaille donc sur toute la chaîne des projets que je fais signer (ou non).
Que ça aille de la campagne d’emailing marketing à la conception de sites Internet ou des formats pub, le champ d’intervention est assez large et plutôt classique en fait. Avec, en ce qui me concerne, un intérêt tout particulier pour la conception-rédaction et le community management.
Tu as travaillé comme CR pour Skyrock. C’est-à-dire ? Quels genres de missions, sur quels supports, avec quel souvenir de cette expérience ?
Je suis arrivé chez Skyrock.com en 2002, quelques mois avant le lancement d’un service qui s’appelait Skyblog.com. Pendant 4 ans le fil conducteur de mon travail a été de dénicher des blogs sur la plateforme et d’éditorialiser leur mise en avant sur la page d’accueil. Mon approche a toujours été de valoriser des blogs qui se démarquaient ou, au contraire, étaient tellement emblématiques de l’image qu’on collait aux internautes de la plateforme. Avec une approche foncièrement ludique mais bienveillante. Je ne compte pas le nombre de « ;) » que j’ai employés ! Derrière il y avait des internautes qu’il a fallu -avec le temps et compte tenu de l’audience que leur apportait cette exposition- presque coacher et préparer à leur quart d’heure (en réalité une semaine) de gloire digitale. Sauf pour Mickäel Vendetta. Lui, il était déjà prêt.
On a(vait) tendance à penser que le skyblogger avait un profil type de beautiful loser des banlieues (au mieux). C’est faux… Il y a de tout dans le skyblog et notamment des gens très doués, exceptionnels. On a confondu, je crois, simplicité de l’outil et simplicité des utilisateurs. Comme s’il fallait maîtriser la version Wordpress 2.7.1 avec une template customisée de derrière les fagots pour avoir un blog intéressant. C’est du snobisme, c’est comme s’autoproclamer geek. La technicité ou la passion de l’éditeur ne font pas l’intérêt principal de son blog. C’est le contenu qu’il publie et la manière dont il raconte ses histoires qui sont les fondamentaux. Ou je n’ai rien compris.
Après, à partir de 2004 et surtout 2005, les annonceurs et leurs agences sont arrivés sur la plateforme et j’ai travaillé à la conception-rédaction de blogs « officiels », c’est à dire publicitaires. Mon travail était alors d’adapter ou proposer des axes de communication et des contenus qui étaient en phase avec les utilisateurs, leurs codes et leurs standards en fonction de la campagne.
En 2006 j’ai rejoint la régie publicitaire qui alors créé son propre studio de création pour répondre à la conception et réalisation de projets plus lourds techniquement (sites et minisites), toujours connectés dans une certaine mesure au formidable réseau communautaire de la plateforme. J’ai fini ma carrière là-bas l’année dernière.
D’un point de vue personnel j’ai donc vécu pas mal de moments forts –pêle-mêle le 1e million de blogs, les émeutes de 2005, la présidentielle de 2007…- et plein d’autres choses qui n’intéressent personne. Evidemment, j’y ai beaucoup appris car il y a des gens géniaux là-bas. C’est passé aussi par des échecs, forcément, puisque je parle d’apprentissage.
Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un étudiant qui veut se faire une place dans la communication digitale ?
Je pense que c’est une question de rencontre et de connexion qui se fait… ou pas ! C’est très cliché mais il y a aussi une part de vérité absolue à dire qu’il ne faut déjà pas forcer son personnage et qu’il faut créer et travailler son réseau (avec patience). Pour le réseau il y a des outils de plus en plus efficaces pour cela… au hasard Twitter qui nous a fait nous rencontrer par exemple.
Après il faut laisser faire ses compétences et son style, en quelque sorte, qui s’affineront avec l’expérience si tout va bien.
Plus généralement j’ai lu une interview de Yann Leroux – sur un tout autre sujet – où il disait que « la diabolisation est toujours associée à la jeunesse. Il faut reconnaitre que nos sociétés vieillissantes maltraitent les plus jeunes, les considérant comme des hordes de barbares incultes… »
Tout le travail de l’étudiant qui veut se faire une place serait alors de faire sentir à son employeur potentiel qu’il ne va pas le mettre en danger mais le soutenir, qu’il n’est pas ce barbare qu’il craint de voir débouler inconsciemment ou non sur son territoire.
Cette image a du sens de mon point de vue, même si ça part un peu loin… Sigmund, tu m’entends ?
Question facultative : Twitter, ça change quoi dans ton métier ?
Elle n’est pas facultative, elle est obligatoire compte tenu du contexte. Beaucoup de choses, comme pour beaucoup d’autres. C’est un outil de veille et d’échange exceptionnel à partir du moment où l’on prend le temps de bien sélectionner ses contacts et construire son réseau –à suivre et qui nous suit-. C’est aussi un outil de prospection alternatif quand on a dans ses contacts des gens qui jouent le jeu à fond. Ce soir je ne sais plus qui y disait que c’est une « cour de récré qui fait du bien ». Quand on google ces termes, on tombe sur cet article que je vous invite à lire. C’est, encore, une image qui me plait.
On peut y rencontrer des gens qui ne sont pas de notre classe, se marrer, apprendre des choses et faire du business. C’est une zone gentiment foutraque d’où peuvent sortir de belles surprises. Il ne faut pas non plus perdre de vue que, comme sur tout réseau social, ce qu’on y dit peut être entendu et laisser des traces. Et de temps en temps le proviseur peut se faufiler dans la cour et tendre l’oreille sans qu’on le voit. Les exemples de ce type remontent mécaniquement de plus en plus. C’est dommage car ça peut tuer une certaine spontanéité et mener à un formatage des échanges.
Bref, il faut savoir bien sélectionner ses contacts et garder une lecture critique des messages pour que ça change positivement son métier !
Tags : account manager, concepteur-rédacteur, rodolphe canale, twitter


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