L’entraînement cérébral du Monde Economie
Quand un titre du Monde Eco devient un véritable entraînement cérébral ! Repéré pendant ma veille via la newsletter de Décideur.com, ce titre complexe dans sa construction, qui m’a obligé à une petite gymnastique mentale : “Un krach de l’argent métal est loin d’être impossible”. Alors qu’un titre d’article doit faire mouche au rebond de l’oeil de l’internaute, celui-ci m’a obligé à un arrêt, puis à une analyse appuyée. What the f**k ?! Voyez par vous-même, au milieu de la titraille en vrac :
Capture de la newsletter Decideur.com du 15/05/08.
A moins que je ne sois le seul à trouver ce titre alambiqué, sa rédaction oblige le lecteur à faire une petite pirouette cérébrale pour en capter l’orientation exacte.
Au premier abord, il provoque l’hésitation : “est loin d’être” ? “Impossible” ? “Est possible” ? “N’est pas possible” ? Bla, bla, bla… Vous voyez ? Une formule négative elle-même prise à revers, c’est la déroute de l’internaute. Je rappelle que les tournures impliquant une négation complexifient l’appréhension d’un contenu, puisque le cerveau humain a de plus grandes difficultés à les traiter. C’est encore plus vrai online !
Evidemment, j’exagère un peu, ç’aurait pu être pire. Mais ce titre force en tout cas la pause (ce qui pourrait être paradoxalement positif, vu que je m’y suis attardé !) et exige un approfondissement du lecteur. Entre le verbe d’état conjugué puis enchaîné à l’infinitif, l’adjectif à valeur négative et l’adverbe qui introduit une nuance dans la formule, le rédacteur nous sème un instant. Un très bref instant, mais il l’a fait.
Je cite Jakob Nielsen : “Even that information is harder and more unpleasant to read, so people often don’t do so”. Autrement dit, même avec une info directe et courte, le moindre obstacle de consommation risque de provoquer un rejet.
Pourquoi ne pas dire : “Un krach de l’argent métal reste plausible”, ou bien titrer par l’interrogative, du genre : “Un krach de l’argent métal est-il probable ?” Avec ce petit recadrage rédactionnel, le titre dit la même chose (avec un degré de nuance discutable tout de même), plus directement, sans zig-zag… et se raccourcit de 1 à 2 mots.
Votre avis là-dessus m’intéresse. Histoire de vérifier que je suis pas le seul à trouver ce titre tortueux ; dans le cas contraire, je musclerai un peu plus mon cortex ![]()
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Tags: article, jakob nielsen, journalisme, le monde, REDACTION, titraille, titre





















mai 20th, 2008 at 17:19
Je dirais que c’est un référenceur qui a trop bien fait son travail.
mai 21st, 2008 at 9:34
Héhé on peut voir ça comme ça, pas faux
mai 21st, 2008 at 14:01
D’accord avec toi sur la forme, beaucoup moins sur le fond. Doit-on signer l’arrêt de mort de la double négation, et pourquoi pas, à terme, de la synecdoque, de la prosopopée, voire du délicieux oxymore, sous prétexte de vouloir à tout prix faciliter la vie du lecteur-consommateur du Web ?
Ne risque-t-on pas à terme (si ce n’est déjà fait) un lissage sémantique politiquement correct, privilégiant systématiquement l’impact de la forme sur la subtilité du fond, et de l’idée ?
mai 21st, 2008 at 15:06
Loin de moi l’idée d’aseptiser l’écriture en la figeant dans des normes rédactionnelles…
Tu as complètement raison en parlant de “lissage sémantique”, c’est malheureusement la tendance (qui se renforce d’ailleurs avec les nouveaux modes de rédaction) propre à la communication écrite sur le Web - en tout cas lorsque l’on pense utilisabilité et référencement. La confrontation typique entre style et technique.
Il n’empêche que je trouvais ce titre inutilement tortueux, au-delà de toute considération “stylistique”.
mai 21st, 2008 at 15:08
J’adapterai d’ailleurs ta formule en “lissage sémantique techniquement correct”
mai 21st, 2008 at 15:10
Allo!
C’est drôle, car le titre ne m’a pas fait broncher outre mesure. Mais en y repensant bien, il parait que nous sommes réputés ici au Québec pour parler à la négative. Par exemple, à la place de “il fait beau” on va dire “il ne fait pas mauvais”. Ou pour dire qu’une personne est jolie, on va dire “il n’est pas laid”!!!
Par contre, je suis d’accord avec toi sur le fait que, pour simplifier la lecture, la formulation positive est toujours mieux. Mais d’un autre côté, je suis d’accord avec Brunoh qui craint ainsi une perte de style dans l’écriture. M’enfin, tout est une question de dosage!
mai 22nd, 2008 at 14:24
Salut Eve,
C’est que les québécois ont un cerveau surpuissant